Astrid Boutaud a commencé sa carrière dans des grands groupes alimentaires, pour se tourner ensuite vers l’industrie pharmaceutique. Elle est aujourd’hui chez Sanofi, Responsable Achats Publicité, Digital et Agences Médias.

Sur tous les sujets qu’elle touche, une même réflexion fait surface : l’éthique. C’est à ce propos que nous échangeons ensemble.

Astrid, vous vous intéressez de près à l’IA et notamment aux biais de l’IA. Que pensez-vous des 7 principes de l’entreprise en matière d’IA énumérés par Google ?

Avant tout c’est une bonne nouvelle. Chaque avancée compte. Google a entendu les plus de 4000 employés qui avaient signé une pétition contre le projet Maven.

Et finalement, quand on repense aux Trois lois de la robotique d’Asimov, on se dit que la science-fiction des années 40 est devenue réalité. Avec au cœur du questionnement la protection de l’être humain.

Aujourd’hui Google se dote enfin de 7 grands principes concernant l’intelligence artificielle :

  1. Être bénéfique à la société (bénéfices vs risques des facteurs sociaux et économiques).
  2. Éviter de créer ou de renforcer un parti pris injuste (racisme, sexisme, convictions politiques,..)
  3. Être conçue et testée pour la sécurité (testées dans des environnements contraints)
  4. Faire face à ses obligations (transparence de ses algorithmes)
  5. Respecter la vie privée (consentement, contrôle sur l’utilisation des données et transparence)
  6. Maintenir un niveau élevé d’excellence scientifique (biologie, chimie, médecine, envt)
  7. Être mise à disposition pour des utilisations conformes à ces principes. En phase de développement, quatre grands critères seront passés à la loupe: l’objectif principal et l’usage de l’IA, sa nature et son unicité, son échelle (l’ampleur de la technologie) et le degré d’implication de Google (sous-traitance ou développement propre à l’entreprise).

Ces principes semblent bien pensés, mais ce qui comptera sera évidemment leur application concrète et étendue aux autres grands acteurs qui par leurs moyens et leur impact détiennent notre sort entre leurs mains, grâce à leurs armées d’ingénieurs, à leurs budgets pharaoniques, à la puissance de calcul de leurs machines, aux masses inédites de données dont ils disposent.

En 2016, les géants du secteur (Facebook, Microsoft, IBM, Amazon et Google entre autres, Apple en étant le grand absent) ont signé un «partenariat pour l’intelligence artificielle au bénéfice des citoyens et de la société».

Mais cette note d’intention reste encore très vague, et n’engage en rien les entreprises participantes à appliquer les « bonnes pratiques » que définira cette organisation.

Ces questions sont urgentes, à l’heure où les progrès de l’IA la rendent de plus en plus présente dans nos vies. La méthode du « deep learning » a notamment permis de grandes avancées ces dernières années, dans la reconnaissance d’images, la reconnaissance vocale et la « compréhension » du langage. Le programme de Google DeepMind a réussi l’exploit de battre au jeu de go l’un des meilleurs joueurs au monde – une prouesse que les experts n’attendaient pas avant dix ou vingt ans. Ces progrès inquiètent notamment Stephen Hawking, qui estime que l’IA « pourrait mettre fin à l’humanité », ou Elon Musk, qui considère qu’elle pourrait être « plus dangereuse que des bombes nucléaires », et qui a lancé fin 2015 Open AI, un centre de recherche pour développer des technologies d’IA « dans une direction plus à même de bénéficier à l’humanité ».

Très récemment, en Juillet 2018, dans une lettre ouverte, publiée sur le site de Future of Life Institute, plus de 2 400 chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs dans le secteur de l’IA se sont engagés à « ne jamais participer ou soutenir le développement, la fabrication, le commerce ou l’usage d’armes létales autonomes » « La décision de prendre une vie humaine ne devrait jamais être déléguée à une machine. » 

Au contraire, l’IA devrait être exploitée au maximum pour sauver des vies.

Jeff Dean  (qui dirige l’IA chez Google)  déclarait récemment «Je suis particulièrement enthousiaste avec la santé, parce que le potentiel de l’intelligence artificielle pourrait y être très important. Pensez à la façon dont se forment les médecins : ils voient 20 000 à 30 000 patients dans leur carrière. Un système d’apprentissage automatique (machine learning) pourrait apprendre de ces innombrables interactions. Imaginez un système de santé qui en comprendrait des dizaines de millions… »

A date, l’IA est déjà devenue un atout pour rendre les processus plus productifs & proactifs, mais le champ d’actions pourrait couvrir la prévention, la détection précoce, les diagnostics, la prise de décision, les traitements, la recherche, la formation, etc…

Il existe déjà des exemples de Chirurgie assistée par IA, pour une valeur estimée à $40 bios, qui permettent de réduire à la fois l’aspect invasif des opérations et la durée de séjour à l’hôpital. Des assistants médicaux virtuels peuvent déjà répondre aux questions de patients 24/7, réduisant les coûts de façon drastique. Des tests cliniques utilisent l’IA pour optimiser la compréhension des schémas patients.

Le secteur de la santé va forcément investir dans l’apprentissage de ces technologies et se concentrer sur les avancées majeures positives pour les patients comme la « Precision Medecine , qui permet de proposer à chaque patient un traitement adapté en se basant sur ses facteurs génétiques, environnementaux et de modes de vie.

 

Pensez-vous que les GAFA prennent plus aux sérieux les questions éthiques liées à l’IA et la Big Data ? Mark Zuckerberg a fait son tour du monde d’excuses, pour de bonnes résolutions ?

Le  business model des GAFA est basé sur l’usage commercial de la data. Déjà avant Cambridge Analytica, la question de l’éthique était prépondérante. Depuis cette fuite de données personnelles concernant 87 millions d’utilisateurs, elle est devenue cruciale.

L’UE est à ce titre un garde-fou fondamental qui compense par le politique et le légal, autour notamment de la protection des données à caractère personnel, ce que les dérives capitalistiques peuvent imposer à l’éthique.

Mark Zuckerberg a fait son tour du monde d’excuses en effet « Nous n’avons pas pris suffisamment de recul ni vu comment nos outils pouvaient être utilisés à des fins dangereuses. Nous nous sommes concentrés sur l’impact positif de la technologie » mais essaye également désormais de faire d’une contrainte une nouvelle force « La régulation, quand elle est bonne, augmente la confiance du public. Le RGPD est un pas dans cette direction » a affirmé Mark Zuckerberg, expliquant que le règlement européen s’appliquerait finalement à tous les utilisateurs.

Facebook a par ailleurs mis en place de nouveaux outils de contrôle à destination de ses utilisateurs pour être en conformité avec la réglementation européenne, dont un bouton « Effacer l’historique » inspiré par celui qui existe dans les navigateurs Internet.

Début 2018, plusieurs voix s’étaient alarmées que Facebook transfère la responsabilité du traitement de ses utilisateurs non-européens de l’Irlande aux Etats-Unis. « A partir de cette semaine, nous demandons à tout le monde sur Facebook d’examiner des informations importantes sur la vie privée et comment contrôler leur navigation », a confirmé le géant américain dans un communiqué.

Seule différence, et non des moindres, Facebook n’a pas imposé à ses 1,5 milliard d’utilisateurs dans le reste du monde de passer en revue leurs paramètres avant le 25 mai.

Au niveau politique et géopolitique, pour l’Union Européenne, les enjeux de l’IA sont considérables notamment face aux US & à la Chine.  L’UE veut capitaliser aussi sur le potentiel  de l’intelligence artificielle et la « deep tech », ces technologies de rupture conçues pour changer le monde.

D’autre part, depuis les études sur l’addiction, la dépression, les fake news, les suspicions de manipulation d’opinions, les tensions géopolitiques via réseaux sociaux et détournements de data interposés, on voit l’opinion fléchir (cf décroissance FB aux US, suppressions app, etc.)

Facebook comme les autres doivent donc donner la preuve concrète rapidement que tout individu peut comprendre facilement les enjeux de ses choix sur Internet, afin de  garder son libre arbitre face à la technologie, et à l’utilisation de ses données.

 

Nous nous tournons enfin vers l’industrie pharmaceutique, votre cœur de métier. Comment communiquer sur un sujet aussi touchy que les médicaments ?

Nous avons toujours mis la donnée au cœur de notre modèle : de la donnée scientifique, médicale, anonymisée. L’avancée par l’expérimentation, la vérification, l’empirique, dans un cadre juridique contraint, nous a toujours fait utiliser la data avec éthique et précaution.

Aujourd’hui, l’enjeu est d’intégrer une forme de donnée supplémentaire fondamentale, qui n’est, elle pas biologique, il s’agit des données patients. Pour mieux le comprendre, pour être plus pertinent et précis, avec un point de vue plus empathique, qui est que le patient est plus qu’un réceptacle médicamenteux : c’est un individu, une personne, un citoyen, un parent, etc.

Nous devons lui apporter aujourd’hui, plus qu’un médicament, un bénéfice de vie quotidienne, des services utiles. Et les opportunités sont immenses avec le Precision Medicine, l’Improved Diagnostic, etc. C’est aussi un enjeu supplémentaire en termes d’anonymisation et d’éthique. D’avantage de données sur les patients, leur pathologie, leurs symptômes, leurs traitements, leur mode de vie, etc. pourront aider les laboratoires à développer des thérapies plus ciblées et efficaces, cela ne doit se faire en aucun cas au détriment de l’anonymat et de la vie privée. Certaines solutions comme la blockchain pourront peut-être nous aider à résoudre ce dilemme.

Notre métier est sérieux, compliqué, extrêmement régulé, pas toujours simple à expliquer, mais nous n’en avons pas moins le devoir de nous connecter au patient-individu, l’obligation de l’écouter, de lui parler, lui répondre, créer avec lui un lien de confiance méritée.

Un patient, c’est vous, moi et nos entourages respectifs. Il n’a pas forcément envie de se sentir aliéné, caricaturé, rappelé en permanence qu’il est malade.

Communiquer c’est respecter et prendre en compte l’intégralité des contraintes légales et réussir dans ce contexte à parler simplement de ce que nous pouvons apporter.

Et c’est là que la créativité joue son rôle. L’utilisation de la Data sans Créativité fait de nous des robots justement ! La difficulté pour les laboratoires reste la question de l’émetteur qui peut parasiter le message, aussi véridique et sincère soit-il.

Les ouvertures publicitaires émotionnelles que nous avons vu émerger ces dernières années sur le secteur Health & Pharma qu’elles soient touchantes, bouleversantes, humoristiques, à la croisée des questions sociétales, vont dans ce sens d’ouverture.

A ce titre, les communications associatives sont des inspirations à suivre.

L’une des grandes claques créatives dans ce secteur que j’ai pu avoir sur ces 2 dernières années reste Sick Kids : VS Undeniable

On pourrait critiquer le recours à des grandes ficelles manipulatoires. Je trouve personnellement cette campagne magnifique, vraie, bouleversante. Plus de 50 SickKids et leurs familles, 100 membres de l’hôpital, ont accepté de participer à ce film. Avec pour objectif une campagne de FundRaising pour ouvrir un 2ème hopital. Et une ligne directrice très claire : se battre autant pour les enfants que les enfants eux-même le font.

Comment concilier éthique et transformation digitale au sein de l’industrie pharmaceutique ?

En étant Human Centric. C’est-à-dire, penser à nos patients tous les jours et les remettre au cœur de tous nos choix.

La transformation digitale est pour nous un enjeu majeur et ne peut se faire qu’avec les questions d’éthique au cœur de la réflexion. Nous devons innover, transformer, changer pour le meilleur.

Transformation signifie intégration de nouvelles façons de travailler, mieux penser, être plus efficaces, tournés vers les grands enjeux et bien sûr une forte capacité à changer. Nous devons vivre dans un environnement connecté au monde. Plus vite nous accepterons les transformations nécessaires, le plus positivement nous pourrons impacter la société.

 

Le mot de la fin : pourquoi venir aux Sommets du Digital ?

Le Digital est le moyen incontournable pour être Human Centric demain, avec un message juste, utile et personnalisé pour chacun de nos patients. Le comprendre, l’apprendre, encore et toujours, en échangeant avec les acteurs qui le définissent me parait incontournable.

Particulièrement dans une atmosphère détendue, loin de la pression du quotidien, ou l’on peut prendre du recul pour mieux se projeter dans le futur, et se parler sans artifices, avec le Naturel que la Nature impose…. Ensemble, on pourra atteindre ses Sommets !

4ème opus : une édition qui s’annonce plus inspirante que jamais !

Les 4, 5 et 6 février 2019 se tiendra à La Clusaz la 4e édition des Sommets du Digital.

Un événement hors du commun qui, une fois encore, bousculera notre cadre de référence, agitera nos neurones et marquera durablement nos esprits.

Devenu un rendez-vous incontournable de l’hiver, Les Sommets du Digital rassemblent une communauté de décideurs, innovateurs et influenceurs de calibre international, qui se retrouvent durant 3 jours à La Clusaz pour s’inspirer, partager et imaginer demain.

Parmi les points forts de cette prochaine édition :

  • le TGV des Sommets, en partenariat avec la SNCF : un voyage animé qui donnera un avant-goût de l’événement avant même d’y arriver !
  • le télécabine pitch : l’occasion pour chaque participant de faire des rencontres business inédites, à 30 mètres de hauteur et de nuit, dans des télécabines !
  • le plateau TV mobile : en direct pendant les 3 jours, suivi à distance par plus de 60 000 personnes
  • de nouveaux formats de conférences : conférence ignite, conférence jeu interactive, conférence créative, conférence détox …
  • un programme plein de surprises, d’une qualité et d’une générosité rarement égalées.

Depuis 3 ans, Les Sommets du Digital ne cessent d’évoluer et de surprendre.  Les valeurs du début sont restées intactes : convivialité, authenticité, exigence, générosité. Mais l’événement gagne en puissance chaque année, sous l’impulsion de son fondateur Xavier Wargnier. Chaque édition pousse plus loin la qualité et l’inventivité, et gagne en résonance et en visibilité. La 4e édition s’annonce plus inspirante que jamais…
« On place la barre toujours plus haut, ce qui est presque un pléonasme quand on parle de sommets » martèle Xavier Wargnier à qui veut bien l’entendre. « Cette 4e édition sera un must, je m’y engage ! »

Soixante speakers, zéro bullshit
La qualité et la diversité des conférences est un pilier de l’événement. Aux Sommets du Digital, les speakers n’ont pas de profil-type, pas de parcours-type. Pour choisir ses invités, Xavier Wargnier se tourne vers ceux qui sont portés par une profonde envie de bousculer, d’inspirer et de partager. Les formats d’intervention sont courts pour être plus percutants et largement participatifs entre la scène et la salle. Pas d’auto-promo, pas de bullshit, et une parité absolue entre femmes et hommes.
Ils parleront des enjeux qui transforment notre quotidien et interrogent notre avenir. Ils nous donneront des clés pour comprendre, s’adapter et réagir dans un monde qui change plus profondément et plus rapidement que jamais. Ils exploreront, sous des angles très concrets, les thèmes de l’intelligence artificielle, les nouveaux comportements clients, la sécurité, le changement de civilisation, les ruptures, les nouveaux business, la communication digitale, le numérique et l’environnement, le management réinventé, les datas…

Les premiers noms des speakers 2019 ici : http://les-sommets-du-digital.com/speakers/

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