Les Sommets du Digital se tenaient cette semaine à La Clusaz. Entre état des lieux sur la transformation digitale, prospective, descentes nocturnes en luge et fondue savoyarde, il y avait de quoi s’occuper.

Sommets Digital

51. Non ce n’est pas du placement de produit pour une marque d’apéritif. Cinquante et un, c’est le nombre d’intervenants  qui ont pris la parole mardi, deuxième jour et journée centrale des Sommets du Digital.

Un véritable marathon (des neiges) durant lequel on doit pouvoir affirmer sans trop se tromper que l’ensemble des sujets sur le digital ont été abordés, formant un état des lieux de la thématique telle qu’elle se présente début 2017. Ceux qui comme moi ont tout suivi au cours de cette journée-fleuve de keynotes variées ayant commencé à 8 heures pétantes pour s’achever après 20 heures sont au moins sûrs d’une chose : ils sont au taquet sur le sujet.

Bien sûr ce n’est pas la quantité des intervenants qui fait la qualité d’une conférence, mais en l’occurrence ici nous avons eu les deux, à de rares exceptions près (seuls trois intervenants m’ont paru ennuyeux ou à côté de la plaque).

Un petit mot sur le format tout d’abord. C’est important le format, surtout quand on voit la multiplication de ce genre d’évènement au cours des dernières années. Comme cela se bousculait un peu au portillon, chaque intervenant disposait en moyenne d’une petite dizaine de minutes pour faire son numéro de claquettes, ce qui force à être concis, contribue à maintenir l’attention de l’auditoire, et donne à l’ensemble des interventions ce petit côté « TEDx à la montagne » qui a largement contribué à l’intérêt et probablement au succès de cette journée.

Sur le fond, j’ai été positivement surpris par la qualité des interventions et la diversité des sujets traités, proposant un mix inspirant entre retours d’expérience, considérations sur l’état de l’art du digital en 2017, conseils pour réussir sa « digitalisation » (putain ce mot), et prospective sur les grands thèmes du moment comme l’intelligence artificielle, les robots, la data et… le transhumanisme. Le tout formant un corpus de « sujets de société » qui allaient bien au-delà des tirades parfois un peu formatées, jargonneuses ou caricaturales auxquelles on a droit assez fréquemment dans les conférences sur le digital.

Sommets du Digital 2017 : ce que j’en ai retenu

Voici en quelques points les interventions, verbatims ou concepts qui m’ont plus particulièrement marqué. Ces notes ne prétendent ni être objectives ni exhaustives, évidemment, et ne sont que le reflet de ma propre appréciation (avec une spéciale dédicace à Charlie (Charly ?) Abiker qui a mis un peu de chien dans ce monde d’humains) 🙂

Allianz et VoyageZen

Les assureurs font peut-être partie des entreprises « traditionnelles » qui ont la plus grande sensibilité sur les sujets autour de la transition vers le numérique. Nous avons eu l’occasion d’expliquer comment AXA en est l’un des exemples les plus convaincants. Aux Sommets, c’est Allianz qui nous a expliqué sa démarche, avec notamment le déploiement d’une application dédiée aux voyageurs afin de leur proposer une expérience de « digitalisation du parcours voyage » la plus satisfaisante possible, notamment en cas de pépin à l’étranger (avec il est vrai un clip assez anxiogène ayant légèrement plombé l’ambiance du début de conférence). L’application VoyageZen de Mondial Assistance (groupe Allianz) offre un vrai service : à partir des données de votre carte de crédit, celle-ci vous permet de savoir quel est le montant de votre couverture en cas de prise en charge de frais médicaux à l’étranger. J’avoue que les exemples donnés incitent fortement à payer un petit supplément au départ : plus de 200.000 euros de frais d’hospitalisation pour une septicémie à New York, USA. Des exemples tirés de cas réels selon Allianz…

Big data et études

Digimind et researchnow nous ont quant à eux sensibilisés sur les liaisons dangereuses entre big data et études statistiques si les premières sont mal exploitées ou mal interprétées, en mettant notamment en garde contre la fameuse confusion entre corrélation et causalité.

Le Cookie Vocal

Mais ce qui m’a assurément le plus bluffé lors de la première session lundi est la démo d’Allomédia et son Cookie Vocal, une technologie de reconnaissance vocale qui permet de relier le contenu de l’appel téléphonique d’un client à son parcours de navigation sur un site. Pour faire simple : vous naviguez sur un site marchand, puis vous appelez le numéro indiqué sur le site, et votre appel est relié à votre navigation et enregistré (avec votre accord). La technologie maison de reconnaissance vocale et d’analyse sémantique d’Allomedia se met alors en route, incluant un post traitement de son et du bruit de fond, et la data ainsi captée est stockée par mots-clés qui peuvent être ensuite stockés par thèmes dans un CRM et utilisés pour apporter un service personnalisé ou faire du retargeting. Gros potentiel pour ce service, sans aucun doute.

La fin du médecin généraliste

Emilie Legoff, CEO de Troops, un service et une app dédiés aux Ressources Humaines, prédit quant à elle la disparition des médecins généralistes d’ici 15 à 20 ans, ces derniers étant remplacés par des apps dans lesquelles on cochera ses symptômes pour recevoir directement dans la journée le traitement avec les médicaments correspondants. Mouais, c’est probablement une évolution à envisager, mais cette vision est à mon avis un peu radicale car le contact avec le médecin reste certainement l’une des rares relations qui ne pourra jamais être remplacée par de l’intelligence artificielle tant il participe de la réassurance, un besoin éminemment humain. En revanche, si le digital permet au généraliste de se libérer de tâches ou de missions sans grande valeur ajoutée (les ordonnances à la chaine en période de grippe ou de certificats médicaux) pour mieux se consacrer à son vrai métier, alors pourquoi pas.

Vinvin réclame une augmentation (de l’homme)

Vint alors le tour de Cyrille de Lasteyrie, aka Vinvin, qui toujours avec un coup d’avance clôturait cette première journée de conférences avec une intervention passionnante sur le transhumanisme, l’homme augmenté… et sa passion pour l’écriture et le story-telling, qui constitue accessoirement une partie de ses activités avec Story-Circus, en plus du bouquin « Et pourquoi pas » qu’il publie et que vous pouvez aider sur Ulule. Il a été également question de Ligne des fiertés, d’ordonnance du Docteur Vinvin et autres devoirs à faire à la maison pour mieux identifier nos priorités de vie. J’en ai profité pour shooter une petite interview vidéo de Vinvin dans laquelle nous revenons en quelques mots sur ces sujets, regardez.

Selon Vinvin – et c’est un sujet qui est revenu fréquemment au fil des interventions – on va de moins en moins posséder au profit de la location. Et cela ne s’appliquera pas qu’aux services ou à la voiture. Certaines startups permettent déjà de louer des vêtements (et pas seulement des robes de soirée) et même des jouets.

J’ai également été frappé par ce constat rapporté par Vinvin qui est que quand une grande innovation surgit, elle provoque toujours trois réactions : « c’est ridicule », puis « c’est dangereux » et enfin « c’est évident ». Quelques exemples nous concernant tous illustrent parfaitement cette assertion. Pensez à ce qu’on disait lors de l’arrivée des smartphones, ou aujourd’hui encore de la voiture autonome, de l’intelligence artificielle… ou des drones.

Autre prévision : l’intelligence artificielle va nous battre, c’est sûr. Et c’est pour cela que des Bill Gates ou Elon Musk investissent dans des sociétés qui surveillent les conséquences des inventions des autres sociétés dans lesquelles ils investissent. Vous suivez ? Vertigineuse mise en abyme !

Le principe de précaution nous protège surtout de l’innovation

Denis Jacquet, de l’Observatoire de l’Uberisarion nous a expliqué à quel point la peur pouvait être un super moteur d’entrepreneuriat et d’innovation, et comment grands groupes mettaient en place nombre de process qui évitent le risque car ils ont peur de la peur. Des process qui malheureusement tuent la créativité et l’innovation, ce qui peut avoir pour conséquence funeste que des startups viennent prendre votre business alors qu’elles ne sont même pas vos concurrents. A ce titre, selon Denis Jacquet, avoir inscrit le Principe de précaution dans la constitution est une énorme connerie qui officialise le fait de tuer l’innovation. Inutile de préciser à quel point je partage ce point de vue.

Raconte-moi une histoire ou comment les marques vous marquent

En matière de social selling, SAP m’a appris quelque-chose : on peut faire du commercial via LinkedIn (que je n’utilise presque jamais). Ainsi le géant du CRM a-t-il investi dans l’achat de 9000 licences LinkedIn Pro pour ses commerciaux et les forme au social selling. Vous allez peut-être me voir plus souvent sur LinkedIn du coup (alerte spam) 🙂

En nous incitant à « raconter des histoires plus grandes que votre marque », la table ronde sur le story-telling de marque m’a rappelé cette citation-culte d’un vieux film de John Ford, adressée à un reporter : « Si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ». Bref, évitons de raconter n’importe-quoi quand même sinon les clients risquent d’être déçus. Et puisque nous sommes dans le contenu de marque (brand content pour les bilingues), mention spéciale à Mobalpa, le régional de l’étape, qui a bâti 4000 m2 de studios sur son site de Thones pour produire du contenu en masse. C’est dans ce petit Hollywood savoyard que sont créés quotidiennement les contenus qui vont ensuite être diffusés pour raconter l’histoire de la marque.

Le cinéma comme outil de prospective

Et puisque nous sommes dans le cinéma, restons-y encore un peu. Xavier Perret, Chief Digital Officer B2B chez Orange, nous a proposé une digression aussi pertinente qu’amusante sur la façon dont le Septième Art nous permettait d’anticiper l’avenir du futur. En gros, si l’on observe à la loupe certaines scènes d’une bonne dizaine de films allant de 2001, l’odyssée de l’espace à Terminator en passant par Matrix ou encore Her (que j’ai personnellement trouvé totalement insupportable), on a les bases assez précises, et parfois mêmes troublantes, des grands sujets d’aujourd’hui : intelligence artificielle, chatbot, uberisation, blockchain, machine learning, etc. Certes, ce sont des prévisions que l’on peut surtout faire… après, quand le futur est passé. Vous suivez toujours ?

Un YouTubeur est né

Manuel Diaz, entrepreneur et boss d’emakina, s’est lancé (comme votre serviteur) dans la production presque quotidienne d’une émission vidéo sur YouTube Marche ou Crève dans laquelle il prend la parole sur son métier et livre conseils et points de vue autour de l’entrepreneuriat. Une démarche née d’une volonté d’être exemplaire en exécutant soi-même ce qu’on préconise à ses clients. C’est bien foutu, concis et vivant. Je me suis abonné à sa chaine YouTube, du coup.

Les jeunes sont des vieux comme les autres

Enfin, le petit chapitre sur les « millenials », la génération née avec internet au début des années 2000, nous a rassurés et un peu inquiétés à la fois. Selon Gaylord Pedretti, ce sont des vieux comme les autres, alors que pour Gilles Babinet, nous assistons à une véritable révolution anthropologique : les millenials n’ont plus le même cerveau que nous, avec moins de savoir mais une faculté innée à le localiser instantanément.

En conclusion

Je crois que nous assistons à une très forte accélération. De quoi ? De tout ! Les entreprises – même les plus « tradi » – comprennent les enjeux de la digitalisation montent en compétence, pour certaines de façon assez vertigineuse (même s’il reste du boulot), à tel point que pour elles ce n’est même plus un sujet. D’autre part, nous avons vu à travers divers exemples concrets que la potentielle disparition d’une multitude de métiers est n’est pas une chimère mais une réelle perspective (je ne parle pas de menace car cela peut aussi être une opportunité), mais qu’il est impossible d’en quantifier le réel impact pour le moment. Enfin, j’ai été frappé par le fait que la digitalisation du monde (et pas seulement des entreprises marchandes) rendue possible par la technologie dépasse de loin justement le seul périmètre technologique pour aller vers des sujets plus philosophiques sur l’humain et son avenir. J’ai pour ma part la conviction que les réseaux de communication ne sont qu’une étape éphémère à l’échelle de l’histoire et que, partant du constat que les grandes innovations ont toujours été dictées par le besoin humain de communiquer, la prochaine révolution sera peut-être celle de la découverte et de la maitrise d’une forme de « télépathie » qui nous permettrait de nous connecter uniquement par la pensée.

On en reparle aux Sommets du Digital 2045 ? En attendant je vais me faire une petite fondue (augmentée).

Source : Presse Citron