Marie-Laure, vous faite partie des grands leaders des médias modernes. De 2010 à 2018, vous avez dirigé avec brio le groupe Aufeminin.

Vous êtes aujourd’hui membre du collège de l’Autorité de la Concurrence (depuis 2014), administratrice du Groupe LVMH et de Carrefour, et membre du Conseil de surveillance de JCDecaux.

Nous allons ensemble échanger sur la transformation de la presse, notamment face aux puissants acteurs du web, avant votre venue aux Sommets du Digital, les 4, 5 et 6 février prochains.

 

On observe dans les grand médias une tendance à la diversification par le rachat d’entreprises. Cela semble être une stratégie privilégiée aujourd’hui. Est-ce essentiel pour les Medias qui perdent aujourd’hui des revenus publicitaires ? Ou est-ce qu’on doit plutôt imaginer, par exemple, une modification des modes de diffusion des publicités pour pouvoir maintenir ces revenus ?

Quand tout va à vau-l’eau, il faut tout essayer !

Les medias perdent des revenus publicitaires pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’ils n’ont pas investi à temps ou créé les conditions pour incuber des projets. Ensuite parce qu’ils n’ont pas vu les changements de comportements et l’émergence de players mondiaux (est ce que Canal+ a vraiment voulu être un concurrent de Netflix ?). Enfin, parce que le marché publicitaire s’est révolutionné avec l’arrivée du programmatique, l’importance de la data et l’arrivée des plateformes… Du coup, comment accélérer sa mutation ? En rachetant des pure players et surtout en entamant sa profonde mutation ! Et pour cela, en effet il faut aussi diversifier ses revenus non plus seulement en vendant son media mais en étendant ses modes de diffusion à d’autres plateformes (pour cela il faudrait qu’elles acceptent un meilleur partage de la manne publicitaire ce qui est en train d’arriver) et à d’autres sources de revenus (events, édition, e-commerce par exemple.)

 

Comment s’opère la contrattaque des médias face à Google, Facebook et Amazon ? Pendant combien de temps seront-ils encore leader ?

Il n’y a pas de contrattaque parce qu’il n’y a pas de concurrent crédible en Europe. Il y a des players chinois encore plus puissants puisqu’ils intégrent toute la chaîne sans politique de privacy, mais il n’y a pas assez de concurrence. C’est pourquoi il me semble crucial de défendre Pinterest, Twitter, Snapchat, plus récemment Musical.ly et Triller, We heart it , les acteurs de l’e-commerce, de nouveaux players. Il faut une concurrence vive, nous y avons tous intérêt.

 

Quelle transformation majeure est observable sur les médias traditionnels ? Quels impacts pour les annonceurs ?

C’est difficile cette question car la transformation est totale, constante et exige d’aller vite. « La plus grande difficulté de la transformation numérique, c’est de changer la roue de la voiture sans l’arrêter » disait Eric Blot.

Il faut changer d’état d’esprit et développer de nouvelles compétences dans l’intelligence artificielle, le machine learning, l’impression 3D, la data par exemple.

 

Comment peut-on justement développer ces compétences et quelle est la finalité espérée ?

Je pense qu’il faut casser les résistances culturelles en donnant le pouvoir à ceux qui veulent le changement. En intégrant de vrais disrupteurs dans les organisations. Pour infuser la culture du test and learn, du power of zero et de la prise de risque. Mais c’est bizarre, car lorsqu’un grand groupe fait une acquisition dans le digital, c’est pour mettre une organisation pyramidale traditionnelle sans accroitre les responsabilités des digitales natives.

Quand on fait l’inverse, on voit des résultats très rapides et des mélanges de culture porteurs de valeur.

 

Que pensez-vous de l’évolution des medias français ? Comment s’opère la transformation des médias à l’étranger ?

Joker ! Mais on ne peut pas dire que la France cette année (entre Lagardère et Canal)+ ait brillé par ses initiatives…Les américains, Axel Springer et Bertelsmann  ont pris plus tôt et mieux tous les virages.

Dans son évolution, le print a maintenu plusieurs codes, dont le modèle de l’abonnement. L’abonnement se développe et on le voit utilisé même hors médias. Pourquoi, selon vous, observe-t-on un tel développement ? Comment voyez-vous le futur de l’abonnement ?

L’abonnement, c’est le futur ! Il y a deux évolutions prometteuses dans le modèle de l’abonnement.  C’est d’une part le fait que la musique a enregistré une croissance record en 2017 et retrouve le niveau de revenus d’avant le piratage grâce au succès de l’abonnement, du streaming de Spotify, Deezer et Apple Music. Et c’est d’autre part, l’exemple du New York Times, qui génère 60% de ses revenus grâce à l’abonnement en ligne et réussi à compenser sa baisse de publicité. Simplement c’est moins cher qu’avant, mais avec beaucoup plus de clients. La stratégie gagnante, c’est Netflix vs Canal+.

 

Question cash / Réponse cash : Vous avez annoncé la création de Factor K, votre nouveau projet, et dernièrement, l’arrivée du groupe NRJ à son capital, dites-nous, c’est quoi Factor K exactement ?

Je veux bâtir un petit laboratoire de ce qui se fait de mieux pour créer des actifs viraux, qui se développent de façon organique, portés par une communauté. C’est ce qui s’appelle le Factor K. Des médias et des marques, qui cherchent à grandir, grâce à de nouveaux leviers, l’influence marketing et les nouveaux search, notamment vocaux. On commence par lancer Mélusine Cosmetics le 1er décembre, une petite marque de gestes et ingrédients vegan, naturels, et à base de cannabidiol.

 

 

Pourquoi venir aux Sommets du Digital ?

Rien ne me passionne plus que la transformation, la capacité de chacun à muter. C’est l’objet de mon cours à Sciences Po depuis 10 ans, Les Médias Mutants, chaque année on apprend tellement ! Plus que jamais, il faut écouter, se rencontrer, oser.

4ème opus : une édition qui s’annonce plus inspirante que jamais !

Les 4, 5 et 6 février 2019 se tiendra à La Clusaz la 4e édition des Sommets du Digital.

Un événement hors du commun qui, une fois encore, bousculera notre cadre de référence, agitera nos neurones et marquera durablement nos esprits.

Devenu un rendez-vous incontournable de l’hiver, Les Sommets du Digital rassemblent une communauté de décideurs, innovateurs et influenceurs de calibre international, qui se retrouvent durant 3 jours à La Clusaz pour s’inspirer, partager et imaginer demain.

Parmi les points forts de cette prochaine édition :

  • le TGV des Sommets, en partenariat avec la SNCF : un voyage animé qui donnera un avant-goût de l’événement avant même d’y arriver !
  • le télécabine pitch : l’occasion pour chaque participant de faire des rencontres business inédites, à 30 mètres de hauteur et de nuit, dans des télécabines !
  • le plateau TV mobile : en direct pendant les 3 jours, suivi à distance par plus de 60 000 personnes
  • de nouveaux formats de conférences : conférence ignite, conférence jeu interactive, conférence créative, conférence détox …
  • un programme plein de surprises, d’une qualité et d’une générosité rarement égalées.

Depuis 3 ans, Les Sommets du Digital ne cessent d’évoluer et de surprendre.  Les valeurs du début sont restées intactes : convivialité, authenticité, exigence, générosité. Mais l’événement gagne en puissance chaque année, sous l’impulsion de son fondateur Xavier Wargnier. Chaque édition pousse plus loin la qualité et l’inventivité, et gagne en résonance et en visibilité. La 4e édition s’annonce plus inspirante que jamais…
« On place la barre toujours plus haut, ce qui est presque un pléonasme quand on parle de sommets » martèle Xavier Wargnier à qui veut bien l’entendre. « Cette 4e édition sera un must, je m’y engage ! »

Soixante speakers, zéro bullshit
La qualité et la diversité des conférences est un pilier de l’événement. Aux Sommets du Digital, les speakers n’ont pas de profil-type, pas de parcours-type. Pour choisir ses invités, Xavier Wargnier se tourne vers ceux qui sont portés par une profonde envie de bousculer, d’inspirer et de partager. Les formats d’intervention sont courts pour être plus percutants et largement participatifs entre la scène et la salle. Pas d’auto-promo, pas de bullshit, et une parité absolue entre femmes et hommes.
Ils parleront des enjeux qui transforment notre quotidien et interrogent notre avenir. Ils nous donneront des clés pour comprendre, s’adapter et réagir dans un monde qui change plus profondément et plus rapidement que jamais. Ils exploreront, sous des angles très concrets, les thèmes de l’intelligence artificielle, les nouveaux comportements clients, la sécurité, le changement de civilisation, les ruptures, les nouveaux business, la communication digitale, le numérique et l’environnement, le management réinventé, les datas…

Les premiers noms des speakers 2019 ici : http://les-sommets-du-digital.com/speakers/

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