Michel Nahon est Directeur Médical chez Allianz Partners France. Il est diplômé de la faculté de médecine Paris Descartes en médecine d’urgence, médecin pendant plus de 25 ans aux Hôpitaux de Paris et au SAMU de Paris, expert en management d’équipes médicales et en gestion de situations de crise, Michel Nahon est aujourd’hui Directeur Médical d’Allianz Partners France.

Il évoque sans faux-semblants le sujet sensible de la digitalisation de la médecine.

Quels sont aujourd’hui, en médecine, les usages les plus novateurs du digital ? Et quels seront-ils demain ?

Partons d’un exemple très simple : le diabète. Les malades devaient autrefois se piquer le doigt plusieurs fois par jour pour vérifier leur taux de sucre. Aujourd’hui, un implant discret commande directement une pompe à insuline. Non seulement le risque de complications est largement minoré, mais on peut considérer ces malades comme mieux protégés de certaines pathologies, notamment cardio-vasculaires, en comparaison des personnes « saines », non suivies. Autre exemple, plus spectaculaire : les nano-molécules ciblent uniquement les cellules malades, et leur « travail » dans l’organisme est suivi à distance, pour ajuster doses et heures de la prise.
Dans le domaine de l’urgence, que je connais bien, les secouristes réalisent depuis plusieurs années des électrocardiogrammes en intervention, interprétés à distance par un médecin, chargé de superviser leur intervention. Demain, ils mesureront aussi, pour lui, d’autres paramètres corrélés à des risques précisément évalués, grâce au big data.
Dans le domaine du suivi médical ambulatoire, la même logique est à l’œuvre dans les « cabines de consultation » actuellement expérimentées dans plusieurs départements. Bardées de capteurs, elles mesurent un nombre impressionnants de constantes : respiration, activité cardio-vasculaire… Le bilan est transmis à un médecin qui n’intervient qu’en cas d’anomalie, d’ailleurs détectée directement par la machine. Ces nouveaux outils ouvrent la voie à la télé-médecine, en centre de santé ou à domicile, clé entre autre d’un dépistage de masse de bonne qualité. Car la médecine de demain sera avant tout prédictive et préventive…

Le déploiement de tels outils n’obéit-il pas davantage à une logique économique qu’à un souci de santé publique ?

C’est une erreur grossière que d’opposer les deux. Aujourd’hui, dans nos pays développés, une innovation en matière de santé doit, pour s’imposer, augmenter la qualité des soins tout en réduisant leur coût. Avant de proposer un tout nouveau produit, un industriel a tout intérêt à bien analyser le système de santé auquel il s’adresse. Et je parle aussi bien de son économie que de la psychologie de ses acteurs. Prenons le cas de la France, sa population vieillit, ce qui entraîne mécaniquement une augmentation des maladies chroniques et des problèmes de dépendance. Dans le même temps, sa démographie médicale se caractérise par le recul du nombre de médecins généralistes, qui va jusqu’à compromettre l’accès aux soins, dans certains secteurs. Enfin les Français, avec raison, sont à la fois très attachés à leur système de santé sans pour autant prêts, collectivement, à payer davantage. Dès lors, comment assurer à tous, demain, une couverture de bon niveau ? Les nouvelles technologies dont nous venons de parler sont de bonnes candidates pour surmonter ces contradictions.

Mais ces solutions sont-elles acceptables ? Elles sont souvent décrite comme déshumanisantes ou intrusives…

C’est oublier un peu vite que le digital décuple aussi les moyens d’informer, de rassurer et d’échanger avec les malades et leurs proches, avant, pendant et après la pathologie. Pour nous, sociétés d’assistance, ce ne sont pas des « services annexes » : c’est le cœur de notre mission.
Avec du recul, on s’aperçoit que l’innovation technologique, et l’on peut remonter à la radiothérapie de Marie Curie, la découverte des sulfamides antibiotiques ou la reconstruction 3D de l’imagerie médicale, n’a fait que tirer vers le haut la qualité globale des soins. C’est d’ailleurs pourquoi les médecins accompagnent l’arrivée des nouvelles pratiques.
La considération humaine, d’ailleurs, ne disparaît pas. La plupart des examens à distance dont nous avons parlé sont mis en œuvre par des personnes formées, rompues à l’accompagnement et au contact humain. Et parfois plus disponibles qu’un médecin surmené ! Chacun fera très vite la part de leurs immenses bénéfices. Qui refusera d’éviter, grâce à un suivi plus rigoureux de ses paramètres vitaux, l’affection aiguë, la crise violente ou la pathologie lourde ? Qui refusera de prolonger sa vie de quelques années, dans des conditions améliorées ? D’autant que le progrès technologique permet souvent de rendre les examens moins désagréables et moins intrusifs. Ceci dit, si je suis optimiste, je ne suis pas naïf. Il y a effectivement des risques de dérives liées à l’utilisation de l’information recueillie, par exemple pour pénaliser financièrement certains patients, qui seraient jugés « à risque ». Il y a aussi le risque de créer un système à plusieurs vitesses, notamment selon l’endroit où l’on vit et des contrats d’assurances complémentaires souscrits ou pas. À nous, acteurs de la santé, de ne faire aucun compromis sur l’éthique et de faire respecter le serment d’Hippocrate et l’universalité des soins.

L’« esprit startup » qui souffle sur les Sommets a-t-il sa place dans l’écosystème de la médecine ?

Qui se pose encore la question ? Comme dans tous les autres secteurs, aucune entreprise ni organisation liée à la santé ne saurait survivre sans être connectée avec son temps et être capable d’évoluer et, pour cela, mieux vaut avoir un peu d’ADN de startup et de l’agilité. Ce qui n’empêche pas certaines questions déterminantes de devoir être traitées aux plus hauts niveaux, comme par exemple le sujet sensible de la normalisation internationale du format des données médicales et de la sécurisation de leurs échanges. Mais nous avons toujours besoin de pionniers. Je rêve du sous-vêtement connecté capable, sans compromis de confort pour le porteur, de mesurer en continu ses paramètres vitaux. Je suis sûr qu’un jour, nous le porterons tous mais, pour l’instant, il reste à mettre au point. Avis aux participants !

Pourquoi venir aux Sommets du Digital ?

Nous venons d’évoquer les nombreux apports déjà effectifs du « big data », de l’intelligence artificielle et des objets connectés à la médecine. Leurs promesses pour l’avenir sont bien plus grandes encore. Étant donnés le nombre, la diversité et la qualité des experts présents aux Sommets du Digital, c’est l’un des bons endroits où prendre la mesure de ces promesses, ainsi que des effets à en attendre sur la santé des patients et la pratique des médecins. Il constitue aussi une occasion exceptionnelle de nouer ou de susciter des partenariats inattendus, porteurs de ruptures décisives.

 

Michel Nahon est speaker aux Sommets du Digital.

Les Sommets du Digital est l’événement de l’hiver sur la transformation digitale ! Pendant 3 jours s’enchaînent des conférences de haut-niveaux et des moments de networking autour d’animations et d’ateliers business.

Les Sommets du Digital ont lieu les 5, 6 et 7 février 2018, à la Clusaz.

Inscription