L’avenir de la Santé 4.0 sera en question lors des « Sommets du Digital ». Xavier Comtesse, auteur d’un ouvrage à succès en Suisse1 (second tirage en seulement trois mois) occupera aussi pour quelques temps la scène. Docteur en sciences informatiques et mathématicien, Xavier est aujourd’hui un penseur reconnu. Il accompagne les entreprises, les administrations et les individus dans leur transformation digitale et dans leur modèle économique, technologique et dans leur capacité innovante

Expérimenté et « touche à tout » il a roulé sa bosse en Suisse et aux USA. Il a vécu pour et par les nouvelles technologies du numérique.

Aux Sommets du Digital, nous sommes très ouverts aux domaines de pointe comme l’Intelligence Artificielle et donc aux percées de la médecine prédictive. 

Vous venez de rentrer d’un long voyage aux USA. Qu’avez-vous appris ?

Notre corps se révèle être une machine à produire de grandes quantités de données en permanence. C’est donc propice à l’analyse algorithmique. Qu’elles soient révélées par notre ADN, notre activité, nos organes, nos cellules ou encore de processus actifs en son sein, notre corps est un puits sans fond de données. La maîtrise de cette immense quantité d’informations devrait déboucher petit à petit vers une nouvelle médecine. Une médecine des Big Data, du Deep Learning ou de l’Internet des Objets. Une médecine à la croisée de tout ce qui se fait de mieux et ayant pour la première fois, la particularité de vouloir nous distinguer les uns les autres. On ne sera plus des échantillons statistiques mais des êtres totalement uniques. Pour chaque maladie, un traitement est taillé sur mesure, à notre mesure.

On va vers une analyse intelligente en temps réel ?

L’enjeu est d’apprendre quelque chose de nouveau des données. Ainsi, on le sait bien, il existe des caractéristiques intrinsèques ayant des « patterns » propres aux données servant à nous sauver ou à nous prévenir de problèmes de santé. Par exemple, une montre connectée peut analyser les battements du cœur et identifier ainsi un problème cardiaque bien avant l’issue fatale. Un changement de comportement d’achat alimentaire dans un supermarché peut signaler par exemple, un risque avéré de diabète.

C’est le but des «Data Scientists» ?

En dehors de l’immense stock de données, c’est dans la lecture de celles-ci que se cachent de précieux renseignements. Si nous pouvions apprendre quelque chose de l’avenir en lisant et en interprétant le flot de ces données, alors nous parviendrions à un niveau de qualité de vie et peut-être d’espérance de vie meilleur.

On avait donc jusqu’ici un système de protocole basé sur l’expérience, sur l’analyse statistique de séries souvent confortée par la recherche clinique. Aujourd’hui, c’est l’analyse intelligente en temps réel du croisement des Big Data et des données personnelles du patient qui écrit un protocole adapté à chaque personne et à chaque situation presque à chaque instant. Ce n’est absolument pas la même chose. On quitte la statistique et le temps différé pour l’analyse personnalisée en temps réel. Le vieux monde statique s’efface …un nouveau apparaît très dynamique !

Demain, il faudra donc s’attendre à avoir des actions médicales décidées au dernier moment selon les circonstances. Cette approche rapide, dynamique et personnalisée est incontestablement un très grand progrès.

Ainsi, nous sortons d’un âge largement dominé par la hiérarchisation des connaissances médicales pour celui des faits immédiats interprétés par des ordinateurs. Le prédictif, c’est l’affaire des algorithmes comme l’étaient auparavant les protocoles de traitements par les professionnels de la santé.

En passant par les algorithmes (Watson), on cède aux machines (IBM) notre santé. Pour le pire ou le meilleur, qui sait vraiment ? Le mouvement est lancé, Il paraît même irréversible ! On a par ailleurs oublié de discuter socialement de ce choix tant le politique semble obstiné par les coûts de la santé qu’il ne réussit finalement pas à maîtriser.

Vous évoquez régulièrement l’arrivée de l’Apple Watch dans le domaine de la santé comme « game changer » … pourquoi ? 

Eh bien, si Apple obtenait une certification FDA pour son Apple Watch 3 alors tout changerait car alors Apple s’attaquerait de front aux cardiologues.

Il faut être conscient, les ingénieurs de Cupertino cherchent avec la montre connectée à créer une entrée fracassante dans le domaine de la santé.

S’ils y parviennent alors tout va changer … car posséder une montre connectée sauvera des vies et peut-être même la vôtre. Alors là, cela deviendra quasi-impossible de ne pas en porter une (et adieu la montre suisse !).

Le suivi du rythme cardiaque depuis sa smartwatch est déjà au cœur des arguments de vente de la firme de Cupertino. On peut en effet s’attendre à ce que l’Apple Watch place la barre assez haut en ce qui concerne ces mesures médicales.

À la vue des résultats obtenus la semaine dernière par le développeur Brad Larson de SonoPlot, la promesse semble avoir été tenue dans ce domaine, étant donné que la montre a permis d’obtenir des résultats extrêmement proches de ceux effectués avec le traqueur Mio Alpha, reconnu comme étant l’un des plus précis. (voir le schéma ci-dessous)

statComtesse

Ainsi, si Apple obtenait une certification de la part de la FDA (Food and Drog Administration) pour son Apple Watch 3, celle-ci pourrait sans doute permettre d’être utilisée à des fins médicales, notamment pour l’étude des maladies cardiaques en se substituant aux médecins.

Confiés aux patients, ces mesures accompagnées de leurs analyses (avec des outils comme les Big Data et le Deep Learning) transformeraient la médecine pour toujours.

Début septembre 2017, vous avez publié en Suisse un livre avec un titre représentatif de votre pensée : « santé 4.0 : le tsunami numérique ». Quésaco ?

Cette révolution n’est pas toujours visible, ni par la population, ni par les politiciens car elle a pris un chemin de traverse : celui du numérique.

Les forces et les acteurs du changement sont nombreux, puissants et intelligents. Ils sont pour la plupart totalement novices dans le domaine de la santé mais avec une immense soif de conquête technologique et économique… cela va inévitablement faire des étincelles ; car non seulement ils vont pénétrer les professions en changeant les procédures mais également changer les mentalités des personnes en place.

C’est en cela que l’on peut parler de révolution. Les révolutionnaires du numérique changent tout sur leur passage comme un peu les hordes sauvages du Far West.

Voyez par vous-mêmes, les effets sur l’industrie des voyages après le passage des réservations en ligne (booking.com, etc.) tout comme l’industrie du livre avec l’arrivée d’Amazon.com ou encore celle des médias après le passage de Google, etc.

Définitivement, ce ne sera pas une sinécure … dans le domaine de la santé … il va falloir naviguer par gros temps.

Il faut bien l’avouer, la capacité de résistance des acteurs « historiques » de la santé est quasi nulle car ils sont confrontés à la problématique de la baisse des coûts, préoccupés par les questions de l’ambulatoire ou des augmentations des primes … ils n’ont guère le loisir de s’occuper de l’impact des nouvelles technologies numériques.

C’est pourquoi, dans le livre que je viens de publier, je propose une « petite  » feuille de route pour une politique offensive en santé publique.

 

Voici donc ces 6 pistes à explorer par les décideurs politiques :

1.- créer des filières de formation universitaire en numérique-santé pour maîtriser des domaines comme : les Big Data, le Digital Health, le Deep Learning, le Digital Behavior, etc.

2.- créer des « tiers lieux » de l’innovation « disruptive ». L’innovation a besoin de liberté que n’offre pas toujours la société et encore moins les régulations publiques, donc il faut créer des espaces ouverts propices aux idées disruptives.

3.- Encourager le « crowdfunding ». Le financement participatif implique dès le démarrage des projets le consommacteur. C’est exactement ce qu’il faut faire si on veut coller au plus près des besoins du patient.

4.- « bypasser » les systèmes de transfert de technologie, les organisations d’aide aux transferts de compétences, les parcs scientifiques et toutes autres formes pouvant ralentir ou détourner la créativité ou devraient être écartés dans le cas de l’innovation disruptive. Le système actuel est performant pour l’innovation incrémentale mais pose problème pour celle de rupture car trop lente, trop linéaire et pas assez chaotique.

5.- Réorienter les fonds publics dédiés à l’innovation. Ce que la recherche et l’innovation ont aujourd’hui besoin, c’est de prendre des risques… ce qui est rarement l’objectif des chefs d’entreprises qui eux, veulent minimiser les risques pour l’avenir ou la survie de leur entreprise. Donc logiquement l’argent des collectivités publiques devrait aller là où personne ne veut le mettre, même pas le « Capital Venture » ! C’est une évidence et c’est pourquoi les Etats doivent aujourd’hui mettre leurs billes dans l’innovation de rupture… et plus particulièrement vers cet immense chantier de la révolution numérique.

6.- être présent dans la compétition internationale en regardant au-delà de l’Arc lémanique en créant par exemple, de véritable pont avec Bâle et Zurich au profit d’une « Health Valley Switzerland » capable de rivaliser avec les plus grands « écosystèmes » mondiaux. La masse critique, c’est-à-dire le nombre d’acteurs, est vitale dans cette lutte pour une compétition de géants. Les GAFA sont des « Goliath » et les « David  » sont suisses.

Question cash – réponse cash : Les « data scientists » seront-ils les médecins de demain ? 

Certainement pas mais ils seront à leur côté : Ils analyseront les données, trouveront des patterns et les médecins discuteront de la situation avec eux et les patients. C’est un nouveau partage des tâches mais cela devrait conduire au dialogue et à une prise de décision plus collective. L’intelligence artificielle conduira vers plus d’intelligence collective.

Le mot de la fin : Pourquoi venir aux Sommets du Digital ?

C’est une première pour moi. J’en avais beaucoup entendu parler par l’un des participant de la première heure et il m’a convaincu que les journées du Sommets du Digital serait le lieu parfait pour tester mes nouvelles thèses.

1Livre : Santé 4.0 : un tsunami numérique, éditions Georg, Genève 2017


Xavier Comtesse est speaker aux Sommets du Digital.

Les Sommets du Digital est l’événement de l’hiver sur la transformation digitale ! Pendant 3 jours s’enchaînent des conférences de haut-niveaux et des moments de networking autour d’animations et d’ateliers business.

Les Sommets du Digital ont lieu les 5, 6 et 7 février 2018, à la Clusaz.

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